Récit d'une croisière qui devait nous amener jusqu'en Grèce, avec retour sur notre port d'attache...

Episode 1

JUAN LES PINS/CAP CORSE

Samedi 28/06/86 20h Départ avec un vent de force 2, une mer calme. Le loch affiche 1170 milles, nous prenons le cap 107 et filons 4 nœuds au moteur. 23h Notre réservoir à gas-oil étant tout petit, et ne connaissant pas la consommation réelle du moteur, nous ferons le plein chaque fois que l'état de la mer nous le permettra afin d'avoir toujours une autonomie maximum.

Dimanche 29/06 1h L'intensité des lumières a soudainement baissé. 2h Nous n'avons plus de lumières. Ne connaissant pas la raison de la panne, je ne passe pas sur la batterie II que je réserve en cas de nécessité... Nous avons croisé deux paquebots. 4h Nous faisons le plein de gas-oil. 6h Le loch est en panne. Nous faisons le plein de gas-oil. 10h30 Lors de la mise à niveau, le moteur s'est arrêté. J'ai purgé le circuit de gas-oil, rebranché un fil de l'alternateur que j'ai tenu pour responsable de la décharge de la batterie I. Le moteur est resté insensible aux sollicitations de la clef de contact. Sans plus de succès j'essaie la batterie II. 15h30 En panne de moteur, nous filons 1 nd sous spi. J'ai essayé en vain de faire un point gonio. Nous ferons inutilement des signaux pour rentrer en contact avec un voilier visible sur tribord. 18h Le vent a forcit 3 à 4, nous faisons route sous spi. 20h05 Terre ! Terre ! La Corse est en vue. Nous sabrons le cidre. Depuis deux heures nous filons 6 nd sous spi. 22h Nous affalons le spi et entrons à l'aide du moteur de l'annexe (4 cv Evinrude) dans le port de Macinagio.

Lundi 30/06 Je passe ma journée le nez dans le moteur à démonter et remonter le démarreur que je croyais coupable. Finalement, il ne s'agissait que du câble positif qui passant trop courtement sous le moteur, avait usé sa gaine et occasionnant un court-circuit, avait vidé les batteries.

Episode 2

MACINAGIO/GIGLIO (Italie)

19h30 Par vent de force 2 et mer calme, nous faisons route au 115 au moteur. 22h30 Nous hissons les voiles pour soulager le moteur et marchons au prés.

Mardi 1er/07 2h Nous doublons Marina Camerotta sur Elbe et affalons les voiles, le vent étant tombé. Nous croisons une flotte de chalutiers qui font un halo visible à grande distance dans la nuit noire. 3h Le vent remonte, mais nous l'avons dans le nez. 6h Le vent a forcit F6, la mer est encore peu agitée, nous pouvons faire du prés au cap 117. 9h La mer est agitée, nous avons changé le génois pour le foc 1. 11h Nous mouillons dans une sympathique petite baie, bien que touristique de l'île de Giglio. Nous y rencontrons le "OSIRIS" qui est arrivé jusqu'ici de problèmes en galères, ce qui ne nous rassure pas forcement sur notre propre sort. Nous demandons au Dr RIBERT, l'autorisation de consulter ses cartes car nous n'avons pas la carte de détail Giglio/Civita-Vecchia. Niveaux moteur, repas.

Episode 3

GIGLIO/CIVITA-VECCHIA

12h15 Le port étant derrière l'île, c'est à dire en arrière par rapport à notre route, et mal achalandé parait-il, nous repartons par vent de force 3 et mer calme, taillant sous spi notre route au 110. 13h Le vent tourne et nous passons au prés jusqu'à 22h30 où nous nous arrêtons dans une crique.

Mercredi 2/07 Passage à Civita-Vecchia grand port industriel et de transit voisin de Rome. Il y reste un bout de mur et une tour à demi effondré de l'époque antique aux pieds desquels est installé le ponton flottant du club nautique. Là, je démonte et nettoie totalement le réservoir à gas-oil, toujours à la recherche des éléments perturbateurs de la bonne marche du moteur... Le gardien cherche à nous faire payer le stationnement.

Episode 4

CIVITA-VECCHIA/S.F.CIRCEO

13h30 Départ en douceur du ponton pendant que son gardien faisait du gringue à une jeune femme... Mais au moment où nous virons l'extrémité du bassin, une vedette de police arrive en face de nous. Derrière, le gardien cris et s'agite. Je crains un moment d'être pris en sandwich, mais la vedette passe sans nous adresser un regard, pas plus qu'au gardien. Arrivé au bout de l'interminable jetée, un vent de force 4 nous permet d'établir le spi pour faire route au 135. A minuit, le vent est un peu tombé et à viré, nous sommes au prés et filons au 125.

Jeudi 3/07 2h Une vedette de la Guardia di Finanza c'est approché de nous, nous a éclairé de son projecteur, observant notre pavillon, puis s'est éloignée sans autre communication. 4h Nous croisons un immense cargo à l'ancre, surmonté d'une potence illuminée qui lâche de toute sa hauteur une masse dont les coups s'entendront encore lorsque, après l'avoir doublé, nous n'apercevrons plus qu'un halo. Nous avons une pensée émue pour les marins qui dorment dans ce vacarme. 11h Nous tirons des bords au prés. Le passage du cap d'Anzio est interminable. 13h Nous nous amarrons dans le sympathique petit port de San Felice Circeo. Nous faisons venir les électriciens car nous avons toujours des problèmes de batteries et d'alternateur. Nous profitons de cette halte pour nous promener et manger deux glaces.

Vendredi 4/07 Nous avons payé le port, 5000£ douches, eau, électricité comprises. Les électriciens ont passé la matinée à rebrancher à l'endroit tout ce qui l'était à l'envers. Stéphane à trouvé et acheté quelques coquillages de collection dans un magasin.

Episode 5

S.F.CIRCEO/CAPRI

14h30 Nous appareillons au largue par jolie brise F4 et mer calme, cap au 131. Nous filons 5 nd. J'ai dû plonger pour dégager le loch emprisonné dans un plastique. 23h Le vent nous abandonne et devons recourir aux chevaux vapeurs. Le loch s'est à nouveau bloqué. Après avoir doublé Ischia nous croisons une armada de lamparos. Nous arrivons sur Capri et les poissons fuyant devant notre étrave laissent un sillage phosphorescent.

Samedi 5/07 4h Nous entrons dans le port de Capri. C'est la première fois de notre croisière que nous pénétrons dans un port au in-bord. Merci Elettronautica Circeo. 9h Amarré sur l'extrémité écroulée de la jetée, je plonge dans le moteur pour réaliser une protection au démarreur régulièrement aspergé par le tourteau de l'arbre d'hélice. Je répare également la table du carré qui dansait sur son unique pied. Cela nous amène à 16h30. Après avoir acheté l'huile moteur (objet de notre arrêt), nous sortons et mouillons devant le port afin que je plonge une fois encore libérer l'hélice du loch.

Episode 6

CAPRI/SCILLA

18h Nous appareillons au moteur par vent presque nul et mer calme, cap 153. 19h Le moteur chauffant trop, nous hissons les voiles. Vitesse 2 nd.

Dimanche 6/07 2h Depuis longtemps nous croisions une succession de lumières séparées d'une égale distance. Nous prenions soins de les éviter sans savoir ce dont il s'agissait. Un lumignon éteint nous fait tromper de route et nous nous retrouvons pris au piège d'un filet. Je plonge pour nous libérer. A la lueur de ma lampe, je découvre flottant le long du bordé un poisson volant. Puis je coupe au couteau le filet qui nous emprisonnait. Il était trop tendu pour repasser sous le safran et nous fuyons à l'approche d'un bateau de pèche. 11h La mer ressemble à un miroir et la chaleur nous accable et nous accablera toute la journée. Nous n'apercevrons qu'un seul bateau, un ketch, qui nous passe loin devant. La surface de l'eau ne sera ridée que par l'exhibition d'un espadon. 23h A l'approche du Détroit de Messine, un fort vent et une mer hachée se lèvent. A minuit apparaît le Cap Vaticano. Jean-Pierre et moi sommes transit de froid et descendons la bouteille de vieux Marc. Nous corrigeons le cap, car un fort courant nous a porté mais aussi fait dériver, si bien qu'à 6h nous ancrons dans le port de Scilla, alors que l'atterrissage n'était prévu qu'à midi.

Episode 7

SCILLA/REGIO

Lundi 7/07 Aujourd'hui est notre premier jour de détente. Levé à 10h, nous contournons le cap et mouillons devant le village. Baignade et nettoyage de la coque noircie par le gas-oil mal brûlé. Nous allons à pieds chercher du gas-oil dans des bidons, traversant la plage de sable blanc. Nous rentrons bredouille ce qui nous obligera à nous arrêter 4 milles plus loin. Nous partons au moteur mais pratiquement arrivés devant le port le courrant nous maintien sur place. Malgré la grand-voile hissée nous voyons le phare à terre nous doubler. Nous hissons donc le génois lourd. Avec 20 noeuds de vent par le travers, moteur endommagé à fond, nous avançons péniblement à 2 nd, le loch affichant 6 nd. Enfin, nous pénétrons dans le port de Régio-Calabria. Là, le moteur ayant fumé très noir pendant le trajet, je change l'injecteur. Essai, ça fume encore et n'accélère pas ! Je nettoie le filtre à air, le moteur cale...

Mardi 8/07 J'appelle un mécanicien, pensant avoir une soupape coincée. A son arrivée, nous sommes contraint de sortir le moteur pour déculasser. Finalement, il ne s'agit "que" de la préchambre de combustion, mais la pièce doit être acheminée de France par avion. Une solution existe à condition de trouver une pièce qui puisse être réusinée. Nous voyons arriver OSIRIS qui, nous précédant, a fait demi-tour au Cap Spartivento devant le vent et la houle contraire. Fatigués des problèmes permanents qui les ont accompagnés jusqu'ici, ils abandonnent aujourd'hui leur croisière et rentrent en train. Nous rencontrons beaucoup d'autres français dont un ketch acier auquel nous prêtons notre pompe à vidange. Ils vont en Grèce aussi. Cet après midi, Jean-Pierre et moi allons en ville pour changer de l'argent et faire des achats. Nous ne pourrons changer avant 5h tout étant fermé jusque là. Nous faisons les courses à la Standa et nous arrêtons plusieurs fois pour manger une glace ou nous rafraîchir d'une bière. Pendant ce temps Stéphane fait spontanément un grand ménage de l'intérieur du bateau. Par contre, réalisant une boite à pèche, et voulant se servir de mon couteau de plongée, offert par Jacques CHAMI, il le laisse tomber au fond du port à l'eau trouble.

Mercredi 9/07 Nous passons la journée à attendre le meccano, parti avec la pièce à réusiner. Stéphane plonge dans les eaux éclaircies du port et récupère le couteau de plongée.

Jeudi 10/07 Nouvelle journée passée dans l'attente sans possibilités de bouger.

Vendredi 11/07 Le meccano et moi passons toute la journée à monter et démonter le moteur. Finalement, il s'en ira à 20h son travail terminé, en empochant 1500 francs dont la moitié représente le prix de la pièce réusinée. Mais nous devrons laisser tourner le moteur jusqu'au moment de notre départ. Ainsi, nous prendrons notre repas en musique...

Episode 8

REGIO/SALINE

23h Nous hissons la grand voile et prenons le vent de bout. Nous utilisons le génois un moment, mais le vent refuse à nouveau. J'affale.

Samedi 12/07 2h Lorsque Jean-Pierre prend son quart, je hisse le génois léger et arrête le moteur après six heures de marche. Je trouve les lumières des manomètres un peu faibles pour la charge qu'aurait dû leur donner la marche prolongée du moteur... Nous naviguons pendant deux heures avec une vitesse fluctuante jusqu'à ne plus avoir de vent du tout. Après avoir effectué tous les niveaux du moteur, j'essaie de le mettre en route. SILENCE !!! Ayant remarqué la faiblesse de notre batterie, je passe sur la batterie II qui s'avère être totalement à plat elle aussi. Prenant notre mal en patience, nous continuons notre route en goûtant à toutes les allures pour finir au prés à une vitesse oscillant entre 0 et 2 nd. 6h Stéphane prend son quart et je vais me coucher après avoir fait demi-tour pour gagner un port qu'un pécheur nous a indiqué en arrière. J'espère pouvoir y charger les batteries car la traversée de nuit du Golfe de Tarente nous attend. 8h Nous entrons dans le port de Saliné grâce au hors-bord. C'est le port industriel d'une usine construite il y a dix ans et qui n'a jamais tourné. Nous nous croyons sur une autre planète dans cet immense port vide à l'eau turquoise, dont les quais, prévus pour les cargos, sont à la hauteur de nos barres de flèches. Il n'est utilisé que par les voiliers de passage et les pécheurs. Son accès par la route est empêché par une clôture. A notre arrivée, il y avait là deux ketchs acier français. Les premiers, qui partiront dans l'après-midi, nous racontent leur vie de circumnavigateur interrompue périodiquement par des retours en France où leurs métiers leurs permettent de gagner rapidement l'argent nécessaire à un nouveau voyage. Ils voyagent en famille avec leurs deux garçons âgés de huit et dix ans. Nous parlons des problèmes ou des avantages que cette manière de vivre et de suivre une scolarité peut représenter pour des enfants. Les seconds, passeront plusieurs jours avec nous. Il s'agit d'un monsieur d'un certain age, marié à une jeune Arlésienne qui lui a donné le petit Axel, âgé de trois ans qui a fait du pont son domaine. Ils rentrent, mettront leur bateau en vente et souhaitent pouvoir acheter une petite maison. Ils nous prêtent leur groupe électrogène afin que nous rechargions nos batteries. Sur les conseils de nos nouveaux amis, j'ai démonté le démarreur que j'ai amené en ville, quatre kilomètres plus loin avec le vélo qu'ils m'ont prêté. Nous voila à nouveau bloqués sur ennuis mécaniques. Pourtant, la Grèce n'est pas loin et nous attends.

Dimanche 13:07 Un voilier est arrivé cette nuit ou ce matin, le "Goéland. Stéphane écrit sur le journal de bord, qu'après une bonne sieste, il effectue sa première plongée de vacances dans le port. C'est un mordu de la chasse sous-marine. Il ne fait aucune prise, mais ramasse des oursins, et rencontre un hippocampe sous la coque du nouveau venu. Persuadé que ce dernier était un Trismus, j'ai plongé avec Stéphane, afin de confirmer mon appréciation par l'observation des oeuvres vives de celui-ci. Sortant la tête de l'eau pour regarder le tableau arrière, Martial, le propriétaire, nous invitera à venir à bord. Nous ne nous quitterons plus et dînerons ensemble.

Lundi 14/07 A midi, les pécheurs d'Espadons, amis du bateau "Gémini", nous invitent à manger à leur bord. Nous nous régalons. Avant leur départ, ils laissent suffisamment de tranches pour tous les présents.

Mardi 15/07 Les jeunes sont allés faire les courses au supermarché, puis ont passé l'après-midi à plonger. En fin de journée Gémini me prête son vélo pour que j'aille chercher le démarreur au village.

Episode 9

SALINE/S.M. DI LEUCA

21h C'est le départ par vent F3, mer calme, cap 90 au moteur. Sans être arrivés à Corfou, nous avons déjà six jours de retard, important pour la réalisation de notre programme.

Mercredi 16/07 2h Le vent à forcit F4 et la mer est peu agitée. Nous en profitons pour avancer à la voile, même si nous devons tirer des bords de prés. Cap 40. 4h30 Virement, le vent vire un peu, cap 80. 6h Virement, cap 330 mais le vent semble faiblir... 7h Le vent et la mer se calment, nous mettons le moteur en route et prenons le cap 40 jusqu'a midi. 12h Un vent de force 5 levant considérablement la mer nous permet de filer 4 nd au prés cap 15. 14h Nous corrigeons le cap, 30. 16h Les élément se calmant, nous mettons le moteur en route et suivons le cap 50. Nous n'avons cessé de tirer des bords sans savoir s'il valait mieux pour nous aller à Catanzaro ou Crotone. 22h Finalement, nous passons le cap Colone au moment où je me lève pour prendre mon premier quart de nuit. Le cap Rizzuto est déjà passé, il fait nuit noire et les lumières des caps font un fond féerique. Nous filons au grand largue, le ciel est menaçant et nous attendons la météo pour décider de notre prochaine escale. Malgré un ciel particulièrement noir qui se dégagera ensuite au dessus de nos têtes, une météo prévoyant des orages, nous décidons de traverser le Golfe de Tarante pour rallier S.M. di Leuca, laissant Crotone derrière nous.

Jeudi 17/07 Nous avons dû remettre le moteur en route, et filons dans la nuit noire vers notre destination sur le cap 49. 2h Nous apercevons dans la nuit un halo vers lequel nous nous dirigeons. Il s'agit d'un bateau de pèche auquel nous demandons un litre d'huile. Il nous en propose gentiment cinq litres. Nous pourrons profiter du moteur pour continuer notre route en l'absence du vent. 5h Le vent se lève progressivement et atteint rapidement la force 5. Nous avançons au prés lorsqu'un orage éclate au dessus de nos têtes, et alentour. La mer et grosse, la barre devient dure et nous devons négocier de grosses vagues. Le vent tournant sans arrêt, nous effectuons sans cesse des virements et des changements de cap que Stéphane reporte soigneusement sur la carte. Je garde la barre jusqu'a ce que l'orage se calme, le vent et la mer restant égaux. 10h Je vais dormir deux heures laissant la barre à Jean-Pierre. A mon réveil, il fait soleil mais la mer bouge encore. 14h Nous sommes à 10 milles de S.M. di Leuca, le vent est tombé, la manivelle de winch aussi... Pour changer, le moteur in-bord refuse de démarrer. Nous essayons d'avancer à l'aide du 4 cv, mais la houle résiduelle, ne nous permet pas de faire route et met en danger le moteur. Nous gréons le spi qui d'abord bat lamentablement, puis nous permettra de progresser difficilement à 1 nd. 17h Le vent se lève et nous propulse à la vitesse de 5 nd, cap 30. 19h Soit cinq heures après que nous ayons aperçu S.M. di Leuca à seulement 10 milles, nous mouillons l'ancre dans le port ouvert de S.M..

Vendredi 18/07 S.M. di Leuca est une sympathique station balnéaire qui abrite au mouillage des barques à moteur de location, et derrière sa digue qui prolonge une anse naturelle, des bateaux de plaisance et de pèche. C'est ici que Mussolini a effectué son retour triomphal d'Ethiopie. A cette fin, ont été construites à flanc de colline les marches d'Italie. Je pars en quête d'un meccano. Je n'en trouverai qu'un, dont la femme tiens un magasin d'objets de plage. Sympathique, il me demande de déculasser à nouveau. Cela implique toujours de sortir d'abord le moteur... Bon week-end J-R !

Samedi 19/07 Les jeunes me donnent volontiers un coup de main, mais profitent également des journées magnifiques que nous avons, ils plongent, se baignent, se baladent.

Dimanche 20/07 Ce jour est identique au précédent pour les jeunes et je passe mon temps à compter et recompter nos frais hors budget depuis le départ... Il me faut également revoir notre programme de navigation pour l'adapter à la situation présente et préserver sa cohérence.

Lundi 21/07 Le meccano m'annonce que la culasse est fendue et qu'il me faut en plus changer le piston et les segments ! Ces pièces sont introuvables ici, il faut les faire venir de France. Ca va coûter cher et ça va être long. Nos vacances sont sérieusement compromises. Le meccano tente de me remonter le moral m'assurant qu'à l'époque où il était marin sur des bateaux beaucoup plus grands que notre modeste Bricolus, toutes les manœuvres se faisaient à la voile et accessoirement à l'aide de l'annexe. Il me propose pour me rassurer, un vieux Sea-Gull 5 cv arbre long. Je tiens conseil avec l'équipage pour décider de l'issue à donner à cette situation. Je dois avouer ici que de toute ma carrière d'animateur, même longtemps après ce voyage, ma plus grande satisfaction professionnelle a été la réponse que m'ont donné les jeunes. Ils était venus pour aller en Grèce, ils iraient en Grèce ! Somme toute, les ennuis que nous avons eu ne sont que matériel et ne doivent en rien entamer notre détermination. Nous avons encore suffisamment de temps et notre voyage est possible. Le moral remonté à bloc, j'achète donc le Sea-Gull et nous exécutons les derniers préparatifs afin de pouvoir partir en soirée.

Episode 10

S.M. DI LEUCA/FANO (Grèce)

20h Le moteur se démarre à l'aide d'une cordelette que l'on enroule sur le volant magnétique situé sur l'extrémité supérieure du moteur. Voulant trop bien faire, je donne quelques tours de trop qui empêcheront le bout de se libérer une fois le moteur en route. Pris dans le volant, le bout frappe avec violence tout ce qui est sur sa route. Ainsi, l'accélérateur et son câble sont cassés. Le magasin du meccano étant fermé, nous devons attendre le matin pour acheter les pièces en espérant qu'il les ait.

Mardi 22/07 Nous passons la journée à réparer le moteur et à effectuer des essais afin que tout un chacun puisse démarrer le moteur sans encombres. 21h Un vent de F4 et une mer calme nous accueillent et nous filons 5 nd au largue au cap 90.

Mercredi 23/07 0h Le vent forcit et la mer s'agite un peu. Nous continuons notre route à l'allure la plus favorable à notre bateau. 5h Le soleil se lève en face de nous, le pont est mouillé de rosée et nous avons froid. Le vent tient bon et nous filons toujours 5 nd sur une mer un peu agitée au cap 60. Nous apercevons Fano sortir de la brume.

Grèce te voila, enfin...

7h Nous mouillons dans la petite baie de Fano à coté de bateaux dont l'Italien qui était notre voisin à S.M. di Leuca. Depuis mon dernier passage, une digue est en construction pour faire un port semi fermé. Après avoir tout rangé, nous allons nous coucher, fatigués de notre nuit.

Episode 11

LES AGAPPES D'AGAPI Stéphane vient me réveiller car un petit cargo semble nous foncer dessus. Je le rassure, nous sommes dans une zone évidente de mouillage vu le nombre de bateau qui y sont, à l'opposé du quai et laissons largement libre le chenal d'entrée. Malgré cela, avant que nous n'ayons pu faire la moindre manœuvre, le cargo vient nous heurter violemment, le bordé bâbord de son étrave raguant dangereusement contre mes haubans, pliant une barre de flèche et nous entraînant sous lui par notre mouillage pris dans son étrave. Malgré nos cris, il fonce. Je bondis sur la bite et largue l'aussière au maximum pour nous dégager avant la catastrophe. Il passe comme si de rien était, ayant jeté son ancre bien avant l'entrée du port, pour se déhaler dessus une fois en charge. Estimant sans doute que sa manœuvre était mauvaise, il ressort et la recommence pour notre plus grande crainte. Mais voila que le cargo nous passe raisonnablement loin, plus prés donc de la digue. Après constatation des dégâts, je me déplace jusqu'a lui pour discuter. Je n'aurai à faire là qu'à de bien piètres représentants de la marine grecque... Ayant identifié pour être le Capitaine de l'AGAPI le marin qui était à la passerelle, je m'adresse à lui qui me renvoie à un homme d'équipage sur le pont avant. Celui-ci me renvoie à mon premier interlocuteur... De retour vers celui-là, il feint de ne comprendre aucune des langues dans lesquelles je m'adresse à lui. Pourtant, lorsque je lui demanderai ses documents de bords pour l'assurance, il me répondra de lui donner les miens car je lui ai abîmé son navire ! Pour la première fois de ma vie je comprendrai que l'envie de tuer. Je regagne le bord à l'aviron et la rage au cœur, qu'un fort vent contraire m'aidera à évacuer. Les minutes qui vont suivre seront terribles pour moi. Tout préoccupé que j'étais par l'urgence de la situation, je n'avais pas le temps de m'épancher. Maintenant que je suis seul face à la réalité de la situation, tout se bouscule dans ma tête. D'abord, il y a l'argent que je suis déjà allé retirer plusieurs fois à la banque et dont le montant avoisine le budget total de nos vacances, alors que nous ne sommes qu'à la moitié de notre croisière. Ensuite, nous nous trouvons sans moteur, donc à la merci des éléments, incapables d'être sûrs d'être de retour en France pour la fin des vacances, sans même avoir visité la Grèce. Enfin, le seul moteur qui nous restait, qui pouvait sauver notre espoir, nous permettre de réaliser quand même notre voyage, la voile, vient d'être détruit sans recours possibles. J'éclate en sanglots, chose rarissime pour moi. Je rame jusqu'à notre bateau et amarre l'annexe à l'arrière. Mais chaque fois que je lève la tête pour monter à bord, mes yeux se posent sur le désolant spectacle de la barre de flèche recourbée et du hauban mou et je fonds à nouveau en larmes. Cela durera un bon moment, jusqu'à ce que j'ai la force de monter malgré tout à bord et demander à l'équipage de me hisser dans la mature à hauteur des barres de flèches. Là, je réussi à redresser tant bien que mal la barre de flèche.

Episode 12

FANO/GAYO 11h Malgré la beauté du lieu, je ne pourrai rester une minute de plus ici et nous appareillons aussitôt cap 129. Nos projets étant bousculés, nous longeons l'île de Corfou sans nous arrêter et filons avec un bon vent arrière jusqu'à Gayo. 21h 30 Gayo est une île coupée par un bras de mer passant devant la place du village où les bateaux viennent s'amarrer. Nous trouvons une place juste au début d'un quai bordé de petites maisons dont le rez-de-chaussée est souvent un commerce ou un artisanat.

Jeudi 24/07 1er jour de vacances dans ce petit village construit autour de sa place bordée de terrasses de cafés, l'église au fond regardant les bateaux amarrés à l'autre extrémité. Cette nuit, Stéphane avait sorti sur le pont avant, à cause de l'odeur trop forte quelles dégageaient, ses baskets montantes toutes neuves et on les lui a volées. Nous effectuons un nettoyage consciencieux du bateau, j'effectue les formalités d'entrée et vais changer l'argent. Le village n'étant pas équipé de banque, c'est le grainetier qui fait office de banquier. Il a pour tout équipement un tiroir spécial dans lequel il tient son office. Nous nous offrons une petite glace à une terrasse. La serveuse ayant la même montre que la mienne, nous plaisantons et nous rendons compte que nous avons changé de fuseau horaire (+1h). Nous effectuons quelques achats de souvenirs et pénétrons ainsi dans une boutique où les artisans, jeunes et sympathiques, reproduisent des oeuvres d'art avec une dextérité qui nous fascine...

Vendredi 25/07 Ce matin je fais une copie de la cassette que nous avons entendu hier soir dans la boutique des jeunes artisans. Il s'agit d'un concert de Thanos Microtsukos qui animera maintenant nombre de nos navigations... Puis c'est la corvée de cartes postales, pour ma part j'en enverrai soixante cinq ! Mais nous sommes bien installés, le cadre est agréable et nous sommes heureux d'être enfin en Grèce.

Episode 13

GAYO/ANTIPAXOS

16h Nous mettons le cap au 150 poussés à plus de 5 nd par un bon vent. Après une demi-heure d'une agréable navigation nous mouillons dans une crique de l'île Antipaxos. L'eau y est turquoise, c'est les vacances.

ANTIPAXOS/PARGA

17h 45 Nous profitons du vent établi pour reprendre notre route au 41. Au largue notre traversée est rapide d'autant que le vent forcit F5, F6 et nous oblige à prendre un ris dans la grand-voile. Puis il faut affaler à l'avant et mettre le Foc 1. Le bateau repart à 6 nd sur une mer agitée. 20h 30 Nous arrivons à Parga avec les derniers rayons du soleil. C'est une chance car le phare ne fonctionne pas et l'abord du mouillage est très dangereux. Nous jetons l'ancre dans une petite crique au pied du village construit sur les pentes rocheuses. C'est très beau ! Le soir nous grimpons jusqu'au grilles du château qui surplombe le mouillage et nous pouvons admirer notre bateau en bas, tout petit... Moi, dont les moyens ne me permettent même plus d'acheter une bière, je rencontre un Français vivant ici qui m'invite à aller boire ... une bière !

Episode 14

PARGA/CANAL DE LEVKA

Samedi 26/07 12h Nous levons l'ancre avec un peu de retard sur notre programme, mais il y avait peu de vent. F3. Nous filons 4 nd Cap 150 sous Génois léger au Grand Largue. Par deux fois, nous devons mettre le moteur en route. 16h Le vent à bien forcit, F5 et la mer est agitée. Nous avons établi le Génois lourd, la mer s'est creusée. Nous perdons le zodiac. Aussitôt, nous virons et le récupérons. Nous apercevons la digue d'entrée du canal. Le zodiac se détache à nouveau. Nous le récupérons à nouveau. 18h Au moteur, nous embouquons le canal par le Nord. Nous devons être attentifs car le balisage est inversé pour nous. Dans la partie la plus étroite du canal, nous tombons en panne d'essence. Aguérris aux pannes, nous jetons l'ancre avec rapidité et effectuons le plein. Nous repartons aussitôt. 21h Nous mouillons avant la tombée de la nuit dans une petite baie au pied d'un hôtel restaurant. Une fois la nuit tombée, les sommets des îles environnantes forment un cirque qui nous donne l'impression d'être sur un lac recouvert d'un morceau de voie lactée.

Episode 15

LEVKAS/SKORPIO

Dimanche 27/07 10h Par une mer calme et un vent faible, nous mettons le cap au 160. 14h Nous approchons d'une île qui nous présente d'abord son petit port privé fait de pierres de taille. Sa jetée supporte un petit phare en forme d'obélisque. On se croirait dans une B.D. de Alix. N'osant pas accoster dans ce port privé, nous jetons l'ancre dans une petite crique voisine. A l'image du port, le reste de l'île est particulièrement soigné. Il y a là une fermette posée sur un gazon parfait. L'île semble vide. Nous descendons à terre avec l'intention de faire le plein d'eau. Aussitôt, surgit de nulle part un gardien qui nous demande gentiment de quitter les lieux. Un peu plus loin, nous passons donc l'après-midi à pêcher (3 poissons) et à plonger. Nous passons là, une nuit paisible.

SKORPIO/MAGANISI

Lundi 28/07 10h Un vent de F3 nous pousse sur une mer calme au cap 123. Une heure après nous mouillons dans une petite crique pleine d'oliviers. Nous nous amarrons au tronc de l'un d'eux et pouvons presque descendre à terre à pieds secs.

Episode 16

MEGANISI/PORT VATHY

16h 30 Nous nous mettons en route au moteur. Nous ancrons au fond d'une large baie ouverte. Nous montons à pieds jusqu'au village tout en haut de la montagne et toujours... derrière le prochain virage ! Arrivé au bout de notre stock de café, j'en achète qui se révèlera être du café soluble.

Mardi 29/07 Notre étape étant très courte, nous nous accordons une grasse matinée et levons l'ancre à 11h pour le village prochain. Pendant que l'équipage va chercher du pain, je démonte le vaigrage afin d'intervertir deux poulies à plat pont qui commençaient à s'ouvrir.

Episode 17

PORT VATHY/SIVOTA BAY

16h Nous hissons les voiles par vent de F3 sur une mer calme, Cap 180 vent arrière. Le vent forcira à F5 levant légèrement la mer et tourne au prés. Nous filons sous génois lourd, Cap 240. Nous découvrons l'entrée de la passe fondue dans la garrigue. 20h Le chenal est étroit mais particulièrement accore. Nous tirons des bords limites et pénétrons sous voiles dans la baie ou nous mouillons. Cela nous permet d'installer le moteur pour aller à quai. Nous nous y prendrons à deux fois, Jean-Pierre ayant lamentablement échoué dans sa trop facile mission ! Nous sommes dans un cirque naturel dont une petite partie est aménagée pour un restaurant et quelques maisons. Nous nous amarrons au quai à coté d'un bien joli voilier en bois. Notre nuit est perturbée par deux grecs qui se prenaient pour des hooligans.

Episode 18

SIVOTA BAY/FORT ASSOS

Mercredi 30/07 12h 30 Nous sortons en virant les bords à nouveau à ras des cailloux. C'est amusant, nous discutons même, entre deux bords, avec une famille française en pique-nique ! A la sortie du goulet nous sommes cueillis par un vent de F3 qui nous pousse au Cap 222 sur une mer calme. Le vent monte d'un cran, nous suivons le Cap 90. 21h Nous nous amarrons au quai de Fort Assos entre les barques de pêcheurs. Nous effectuons un tour du village et cueillons du raisin sous les tonnelles devant les maisons. Après manger, nous y retournons et nous régalons.

Jeudi 31/07 Ce matin j'ai pris le bout du zodiac dans l'hélice du sea-gull, ce qui a cassé le ressort qui la lie à son axe. Je passe la matinée à en confectionner un autre avec la poignée du bouchon de la bouteille de camping-gaz... 13h Nous sortons par mer calme et vent absent ! Nous cherchons en vain le vent sur tous les bords. En quatre heures nous réussissons à couvrir deux milles. Nous sommes à l'entrée de la baie et il n'y a même plus de vent. Nos essais pour démarrer le moteur ne nous permettrons que de redresser comme un "i" le ressort que j'avais forgé le matin. 19h C'est remorqués par le zodiac et le quatre chevaux Johnson que nous entrons à nouveau dans Fort Assos. Le pêcheur qui est à coté de nous me promet qu'après sa pêche, dans une heure, il me donnera un ressort, introuvable sur l'île. En l'attendant, je calcule notre moyenne de l'après midi : 0,6 nds ! De retour le pêcheur monte chez lui et revient avec le ressort. Pendant que je discute avec lui, Jean-Pierre nous sert des Pastis tellement tassés que le pêcheur ne pourra même pas le boire.

Episode 19

FORT ASSOS/KIONI

Vendredi 1er/08 10h Départ au moteur jusqu'au bout du Cap. Le vent se levant, nous hissons le spi Cap 70 et doublons deux îles d'abord, puis l'entrée de la baie de Kioni sous Génois lourd Cap 180. Marche arrière ! 15h Nous nous amarrons au quai sous les fenêtres de la maison du père de mon ami Georges. Ce dernier est allé en Espagne mais son fils âgé de neuf ans avec deux copains à lui, passe la soirée avec nous. Ils sont beau, intelligents et pleins d'humour. Nous rigolons bien. Puis, lorsqu'ils vont se coucher, nous allons déguster des glaces.

Samedi 2/08 Le père de Georges nous recharge les batteries. Nous plongeons dans la baie. Pas terrible ! Le soir nous retournons manger des glaces et les garçons récupèrerons des bouteilles de Coca écrites en Grec.

Episode 20

KIONI/VATHY

Dimanche 3/08 11h Nous levons l'ancre et parcourons les trois milles qui nous séparent de Vathy au moteur. En entrant dans le port nous tombons en panne sèche. Nous hissons dans la foulée les voiles et allons nous amarrer au quai sous voiles ! Arrive après nous un gigantesque trois mats qui poussa du cul pour se faire de la place entre les petits. La discussion s'engagea sur l'esprit marin d'une telle attitude, surtout envers plus petit que soi... Nous eûmes même droit au gaz d'échappement du groupe électrogène, mais ayant demandé au Capitaine combien de temps nous allions en profiter, j'ai pu le faire arrêter une heure après par l'équipage récalcitrant.

Episode 21

VATHY/SAMOS

Lundi 4/08 Nous nous levons de bonne heure car c'est le jour du grand départ vers la Sicile et que nous souhaitons encore faire quelques emplettes. Il nous faut passer à la banque, effectuer un avitaillement maximum. De plus nous voulions visiter le musée d'Ulysse qui semble ne pas exister sur sa propre île. 16h 30 Nous quittons Ithaca au moteur. Le vent est absent et la mer est calme. Nous avons 250 milles à effectuer et malgré nos 80 litres d'essence de réserve, je n'aimerai pas traverser au moteur. 19h L'orientation du vent, sa force très versatile, la houle, puis un coup de vent nous contraignent en fin d'après midi à aller relâcher à Samos. Nous n'avions pas visité cette île, ainsi, ce sera fait. 21h Un curieux effet d'optique inversait notre perception de la perspective décrite par les lumières du port. Longtemps nous hésitons entre ce que nous voyons et ce que nous indiquent la carte et les instructions nautiques. Le problème est que, si nous nous trompons, nous allons joyeusement nous échouer sur des récifs ! Finalement nous avons opté pour la carte, ce qui fut le bon choix. Nous laissons le bateau à couple du quai et allons faire un tour en ville.

Episode 22

SAMOS/GIARDINI NAXOS (Sicile)

Mardi 5/08 7h La météo semble vouloir nous laisser partir aujourd'hui. 8h Tout le monde sur le pont, petit déjeuner et derniers achats, jerrycan d'eau et bouteilles de camping-gaz. 10h 30 Nous quittons le port de Samos au moteur. Dehors, nous trouvons un faible vent qui nous oblige à tirer des bords. Mais rapidement la passe entre Samos et Ithaca semble impraticable. Le coup de vent de la veille à laissé là une houle dure. Le vent apparaît de toutes direction par rafale ou se distingue par son inexistence... Patience, nous voulons sortir et nous sortirons. 16h 30 Nous passons Capo Kappri, mais il nous faut encore 5 milles pour laisser toute terre Hellénique derrière nous. 18h Nous atteignons le point de départ virtuel de notre traversée de retour. Mais la houle et le vent ne nous lâcherons pas de sitôt. Nous commençons à comprendre les difficultés d'Ulysse... Nous n'avançons pratiquement pas, mais nous mettre à l'abris pour attendre des conditions météorologiques plus favorables, nous ferait effectuer un retour arrière que nous ne pouvons nous permettre. 21h 30 Enfin, nous réussissons à prendre un peu de vent. Nous revivons! En nous éloignant des côtes, la houle devient plus calme et plus régulière et nous permet d'avancer au prés sous Génois léger Cap 240. Rapidement le vent augmente nous obligeant à passer au Génois lourd, puis à prendre un ris.

Mercredi 6/08 0h Le vent a atteint F5, la mer est peu agitée et nous filons 5 nds sous Grand voile arisée et Foc N°1, Cap 270. Nous courrons plein Ouest. 17h 40 Nous venons de couvrir notre 100e mille, les conditions de navigation restent identique, c'est la routine. Il nous reste 150 milles à effectuer et j'espère que d'ici 4 heures nous aurons atteint la moitié du parcours, soit 125 milles. 22h 30 Le vent est légèrement tombé, seule nuance dans le temps qui passe. Le 125e mille est doublé ! Maintenant nous allons décompter les milles.

Jeudi 7/08 7h Nous filons par vent de F4 avec une mer peu agitée. Le vent qui est passé au travers a fait monter notre vitesse à 6 nds. 10h Notre vitesse est très légèrement retombée. Le vent aussi sans doute. Depuis 32h nous naviguons pratiquement avec les mêmes conditions. Cette traversée m'apparaît beaucoup plus agréable que les autres, moindres, que nous avons faites jusqu'à présent. 14h Il ne faut jamais crier victoire trop tôt... Le loch annonce 202 milles et le vent à disparu. Le sea-gull a pris la relève et nous filons 3,5 nds. 18h Un petit vent F3 nous autorise 4 nds au prés. Puis il passe sur l'autre amure avant de mourir doucement. 22h Nous marchons au moteur sur une mer calme. Notre estime nous positionne au milieu des champs de blé ! Pourtant c'est bien de l'écume qui fait une moustache à notre Bricolus... Nous apercevons un phare. Pour nous en approcher, nous montons au Cap 300 et même 0 pendant un moment. Nous identifions un deuxième phare, mais j'attends d'avoir repéré la cheminée du port de Saline pour être certain d'avoir passé le Cap Spartivento. Ensuite, nous continuons au moteur.

Vendredi 8/08 7h Le vent F3, nous pousse doucement au Cap 263 sur une mer calme. 9h La brise thermique ayant disparue, le sea-gull prend la relève. La Sicile est devant nous, mais une grande brume de chaleur nous la masque encore. Le fort courant du détroit de Messine est cette fois contre nous et nous augmente la distance à parcourir. 15h Toutefois, nous nous fions à notre estime et entrons dans le port de Giardini Naxos au pied de la perle... Taormina ! Nous effectuons un grand nettoyage, une grande lessive et vidangeons le réservoir du sea-gull. Nous nous apercevons qu'il fuit. Nous démontons et tentons une réparation. Je téléphone à la famille Laudani. Nous nous verrons demain. 19h Nous prenons le bus pour Taormina. Le parcours du bus sur la corniche, à raz des précipices est impressionnant. A maintes reprises il nous semble survoler le vide... Arrivé, nous nous précipitons au théâtre grec. Malheureusement, Interville se déroulant en ces lieux mythologiques, nous ne pourrons y pénétrer. Nous nous consolons en léchant les vitrines des confiseurs. Nos moyens déjà bien entamés ne nous permettent aucune fantaisie. La ville est une splendeur qui nous transporte quelques siècles en arrière. Tout y est intact, les boutiques me rappellent celles du Ponte-Vecchio de Florence.

Episode 23

GIARDINI NAXOS/CATANIA

Samedi 9/08 7h Nous nous levons et appareillons pour Catania. Un petit yacht en fer rouillé mouillé devant le quai évite sur son ancre et se trouve à l'aplomb de la nôtre. N'arrivant pas à la décrocher, nous retournons a quai et essayons de la déraper à l'aide du guindeau. Pour comble de malheur, l'ancre se prend sous une chaîne et les dix mètres de fond m'interdise tout espoir de la décrocher en plongée. Nous devrons notre salut à un Français qui sortait à bord de son Arpège et qui acceptera de nous remorquer ce qui aura pour effet de tirer sur l'ancre à contre sens. Merci la France. 8h 30 Nous filons 3 nds sous Sea-Gull. 10h Un petit vent de F2 nous porte par le travers Cap 220. 11h Le vent forcit F4 et nous envoyons le spi. 13h Nous sommes limite pour le spi, mais nous restons au travers pour dépasser la jetée du port de Catania dans l'espoir que Roberto soit là pour nous voir. 14h Nous cherchons une place aux pontons successifs des clubs nautiques qui demandent de plus en plus cher. Finalement, nous nous amarrons au fin fond du port dans un coin presque lugubre. Roberto n'est pas là, mais la présence d'un gros bateau à moteur à nos cotés nous rassure un peu. Nous passons à table puis je vais téléphoner à Roberto. Pendant deux heures, je passe de cabine en cabine ne sachant si je n'arrive à joindre Roberto parce que la cabine est détraquée ou si parce que c'est toujours occupé. Finalement, je vais téléphoner d'une boutique afin de me faire assister du commerçant. Ainsi, j'apprends que pour téléphoner à Catania de Catania, le préfixe est inutile, bien sur... Aussitôt j'ai au bout du fil Roberto qui me dit arriver dans un quart d'heure. Lorsqu'il arrive, nous croyons voir sortir de la voiture Mick Jagger ! Il nous amène chez ses parents. Nous jouons à l'ordinateur avant le repas. Madame Laudani nous a fait un délicieux plat de pâtes aux aubergines et l'équipage vide l'intégralité du stock d'eau fraîche de la maison. En fin de soirée Roberto nous ramène au port. Je lui demande ce que je peux faire pour le remercier. Bien entendu, il refuse toutes propositions mais nous confie qu'arrivé à bord, il acceptera volontiers une bière ! Nous n'en avons pas à bord, pas plus qu'aucune autre boisson différente de l'eau... J'aurai aimé lui en offrir une dans un bar, mais ils sont rares ou fermés. Roberto refuse de s'arrêter dans un kiosque sous prétexte d'insécurité... Il est vrai que nous sommes en Sicile. En désespoir de cause, arrivé au port, j'oserai aller demander au bateau voisin s'il n'aurait pas quelques bières à nous vendre. Je m'adresse à la dame qui prend le frais dehors pour lui demander deux bières. Ayant compté que nous étions cinq, elle revient les bras chargés de cinq cannettes bien fraîches qu'elle tient à nous offrir. Elle est Française tout comme son mari qui est de Montfavet, à coté d'Avignon mon pays. Nous finissons la soirée sur Bricolus en sirotant nos bières. Le luxe !

Dimanche 10/08 Nous avons fait la grasse matinée, mais avons encore le temps de ranger le bateau car cet après midi Roberto et sa nièce Ornella viennent faire de la voile avec nous. Roberto arrive à 1 heure avec son frère Riccardo pour nous emmener manger à la maison. Nous téléphonons à Lorenzo à Nice pour sa fête, puis passons à table. L'après midi, comme convenu nous allons faire de la voile, mais le vent est si faible que nous ne pourrons faire partager les joies du spi à nos invités. Nous nous consolons avec la baignade mais la profondeur sur les pierres volcaniques noires donne un effet peu rassurant qui nous pousse rapidement à repartir. Nous rentrons au moteur, passons à table à 20 heures et nous quittons à 21h 30 après avoir milles fois remercié toute la famille pour cet accueil si chaleureux.

Episode 24

CATANIA/SOLFATARA Ou la traversée du détroit de Messine. Episode I

22h 30 Départ au moteur. Puis route au moteur, nuit au moteur, lever de soleil au moteur.

Lundi 11/08 6h Le courant est déjà fort, nous ne filons que 2nd. Nous hissons toute la toile. La mer est peu agitée, le vent est de F3, le Cap à 35 et nous filons à 4nds au prés. Plus le détroit se resserre, plus le vent forcit. 8h La mer est agitée, nous établissons le Génois lourd et filons Cap 60 à 5nd. Le vent est établi F5 et nous devons prendre un ris pour rendre la manœuvre aisée. Le vent de prés nous ayant obligés à abattre, nous avons l'impression de reprendre la route de la Grèce... Nous traversons donc le détroit de messine dans l'autre sens et le temps légèrement brumeux nous donne l'impression d'être en pleine mer. 11h Nous ne voyons toujours pas le continent que nous devrions avoir touché depuis longtemps d'après notre estime ! Nous virons. Cap à 290°, toujours au prés. 12h Toujours rien à l'horizon... Jusqu'à 16h nous calculerons et recalculerons notre position à l'estime qui, même en prenant en considération une dérive importante, nous réserve une surprise. Notre dérive à dépassé notre estimation et le fort courant ne nous a permis d'atteindre que le Cap Alessio, 20 miles après Taormina. Nous virons et essayons de tirer des bords les plus petits possibles maintenant, afin de rester dans le contre courant et éviter la dérive. 17h Notre progression étant minime, nous essayons en vain de démarrer le sea-gull. Nous tirons donc des bord et progressons difficilement à deux noeuds. 22h Nous longeons toujours la côte Sicilienne et apercevons en face les lumières de Reggio-Calabria. Nous avançons ainsi jusqu'à Villa San Giovanni, puis le détroit se resserrant sa force s'accroît et nous fait perdre sur bâbord ce que nous gagnons sur tribord. Nous réduisons encore la longueur des bords et longeons de plus prés la côte.

Episode 24

CATANIA/SOLFATARA Ou la traversée du détroit de Messine. Episode II

Mardi 12/08 3h Le vent est totalement tombé. Nous gréons le Johnson qui une fois de plus nous tirera d'affaire. 4h Loin de nous le désir de nous identifier à Ulysse, mais les éléments en ont décidé tout autrement. Nous voila partis pour aller de Charybde en Scilla. Mieux nous sommes pris dans un Charybde, sorte de tourbillon très puissant que même les cargos évitent. Nous faisons du tourisme dans ce détroit depuis tant de temps que dés que je vois le bateau reculer, je bondis sur l'ancre que je mouille afin de ne pas perdre un millième de mille âprement gagné. Sitôt fait sitôt regretté. Le tourbillon créait un courant de cinq nœuds et nous dûmes nous mettre à trois pour lever l'ancre. Je m'étais placé tout à l'avant, au dessus du davier afin de tirer sur l'aussière et passer le mou ainsi récupéré à l'équipage qui dans le cockpit s'activait sur le winch. Au bout du compte, mes reins en garderons un cuisant souvenir et c'est courbé en avant que je rejoins l'équipage. 6h Nous virons enfin l'immense pilonne électrique qui alimente la Sicile en électricité. Situé à l'entrée du détroit, il signifie pour nous la fin de notre galère... Nous avons mis 32 heures pour remonter les 55 milles qui séparent Catania de Scilla, soit une moyenne de 1,7 noeud de moyenne !... Il nous faut encore parcourir 32 milles avant d'atterrir à Solfatara. 14h 30 Après avoir mouillé, toujours plié en deux, je vais m'asseoir dans l'eau bouillante au dessus d'un petit geyser qui me massera les reins de sa vapeur de souffre brûlante. J'en ressorts fumant comme une cheminée, mais droit comme un "i". J'entoure soigneusement mes reins pour maintenir cette chaleur bienfaisante. Puis, nous faisons un tour sur l'île et quelques achats dans un supermarché où nous serons servis par une charmante, très charmante vendeuse...

Episode 25

SOLFATARA/LIPARI

20 h Nous déhalons pour Lipari. Nous arrivons alors que la nuit est déjà tombée, ce qui ne nous arrange guère. En effet, le tracé de la jetée sur la carte nous surprends, mais le souvenir de notre expérience lors de l'approche du port de Samos nous invite à la prudence. La jetée se présente comme un "t" majuscule fixé à la côte par sa base laissant ouverts les deux bassins qui l'enserrent. A droite, c'est un port classique. A gauche, c'est un quai pour quelques bateaux et un bassin de mouillage pour nombre de zodiacs sous les balcons d'un restaurant. Entre les deux, une immense terrasse à laquelle je vais m'attabler pour boire une bière et fumer une cigarette afin d'oublier notre déprimante traversée.

Mercredi 13/08 Ce matin il ne faut pas perdre le rythme, aussi je purge le réservoir et démonte le carburateur du Sea-gull qui s'était montré récalcitrant hier soir lors de notre manœuvre d'arrivée. Puis je répare à nouveau le tank à eau encore percé et pour finir, nous cuisinons les légumes secs et faisons un grand ménage. Une aimable commerçante accepte de prendre et mettre en charge nos batteries. Jean-Pierre et Stéphane plongent pour faire la sous-marine et remontent une bâche qui finira en housse de grand-voile. 18h Je souffle un peu en remplissant le journal de bord pendant que les marins sont allés chercher de l'eau. A leur retour ils se jettent sur le journal de bord : "Les robinets Italiens ça ne se trouve pas partout et quant on en trouve un, il coule tellement lentement que pour remplir un litre on met une heure. Alors je t'explique pas pour prendre une douche..." Nous retardons notre départ qui était fixé ce soir à 21h car nous n'avons que 20 litres d'essence et pas d'argent liquide.

Episode 25-II

Jeudi 14/08 7h Je me lève pour prendre la météo. A partir du 15 Août les caprices du temps sont fréquents et risquent de compromettre notre avancée. 7h 30 Nous levons l'ancre pour un autre port de l'île où nous trouvons une banque et où nous faisons le plein. 8h 30 A l'aide de la brouette que me prête sympathiquement le pompiste, je transporte 75 litres d'essence en Jerrycans jusqu'au bateau ! Puis, elle rend le même service pour l'eau que nous offre toujours le même pompiste. 10h Nous sortons au moteur, puis hissons et tirons un bord ... 40° par vent de F3 pour prendre notre route. Nous allons passer devant Stromboli, malheureusement se sera probablement de jour, ce qui est regrettable puisqu'il est encore en activité‚ et féerique de nuit. Aujourd'hui, c'est Byzance : j'ai pu retirer de l'argent (qu'il me faudra me rembourser), j'ai fait le plein d'essence (qui a largement amputé‚ mon nouvel avoir), Jean-Pierre a fait le plein d'eau (gratuite) et j'ai déjeuné au champagne sur un bateau de Français qui étaient à coté de nous devant la pompe. Ils avaient le champagne, moi les verres ! 16h 30 Nous passons la pointe de Stromboli au moteur pendant qu'un magnifique cotre aurique passe de l'autre coté‚ du phare. Du fait de l'activité‚ du volcan et de la chaleur qu'elle entraîne, il se crée un courant chaud qui permet d'effectuer 360° autour de l'île au grand largue. 17h Nous hissons le Génois léger pour profiter d'une petite brise qui nous permettra de boucler 73 milles sur des caps couvrants 90°.

Vendredi 15/08 Nous marchons au moteur jusqu'à 2 heures du matin, puis nous hissons les voiles. 8h Stéphane vient me réveiller. Le ressors du Sea-gull est à nouveau cassé... Il me faudra deux heures et demi de travail acharné pour obtenir une pièce qui ne s'avérera efficace qu'au second essai. 11h 15 J'inscris sur le journal de bord : "Vent : 0 - Mer : belle - Cap : 310 - Vitesse : 3 - Allures et voiles : Sea-Gull". Nous prenons directement le cap de Ventotène, il nous faut couvrir 115 milles, soit 38h. 16h 30 Nous hissons le Génois et arrêtons le moteur. Nous allons tirer des bords le long de la côte. 22h Nous sommes sous l'autre amure les lumières de la ville nous accompagnent. Nous connaissions la réputation de la cote Amalfitaine... De nuit, elle tient largement ses promesses. De plus, notre route est saluée par une multitude successive de feux d'artifices. Nous sommes le 15 Août et en Italie. Puis le Sea-Gull viendra prendre la relève.

Samedi 16/08 6h Le vent se lève un peu et nous le prenons de travers à la voile. 10h C'est à nouveau le moteur qui maintient notre vitesse à 3 noeuds. Nous venons de passer le phare de Capri, ce soir à 20 heures nous serons à Ventotène. 15h Nous avons le phare de Ischia par le travers. 16h Nous apercevons l'ombre de l'île San-Stefano qui précède Ventotène d'un miles. 17h Nous sommes toujours sous chevaux-vapeur. Nous avons bien essayé‚ de hisser le Génois, mais avions le vent de face. Il ne nous reste que 10 milles à faire lorsque Jean-Pierre aperçoit l'ombre de l'île S.Stefano sur laquelle est un pénitencier désaffecté. Derrière, il y a Ventotène. 20h Nous sommes arrivés devant la prison, le soleil darde ses derniers rayons à travers les barreaux d'une fenêtre de cellule. L'équipage a hissé‚ le Génois léger. 21h Il fait sombre, nous tentons une entrée dans le port surchargé‚ de Ventotène. Cela nous vaut une engueulade d'un voilier dont nous passons un peu prés mais sans mal. Finalement nous finissons de l'autre bassin du port réservé aux bateaux de ligne. Cela nous prive du spectacle grandiose du travail des esclaves romains qui ont creusé de leurs mains cet abris. Après le repas, nous montons immédiatement nous dégourdir les jambes au village qui surplombe le port. Un groupe de personnes costumées fêtent le 15 Août. Du moins c'est ce que déduisons.

Episode 25-III

Dimanche 17/08 Nous nous offrons une grasse matinée royale suivie d'un monstrueux petit déjeuner avec les biscuits qu'avait acheté Jean-Pierre. Après avoir rangé et nettoyé le carré, l'équipage va se baigner pendant que je remplis un bidon au goutte à goutte d'un robinet. L'eau y est chaude. Cela me rappellera combien nous avons bu de litres d'eau chez Roberto, uniquement parce qu'elle était glacée. Cet après-midi, sur le conseil d'un voilier, nous profitons de la sortie jusqu'au pénitencier que font nombre de bateaux pour entrer dans le port. Là où nous étions, nous risquions un coup de vent. Je donne les batteries à charger au club de plongée, puis nous gonflons le zodiac. Nous l'utilisons pour contourner le phare et rejoindre une belle plage de sable et quelques beaux rochers d'où plongent les jeunes. Et là, surprise ! Le tunnel creusé sous le rocher supportant le village, que Martial m'avait certifié être à Ponza, est là. Le soir je bouquine jusqu'à finir mon livre.

Lundi 18/08 Ce matin je me rattrape avec une grasse matinée. Après quelques difficultés pour mettre le Jonhson en route (il ne faut pas perdre la main), nous irons jusqu'à S.Stefano pour y visiter le pénitencier. Il est délabré, mais c'est le premier que nous visitons. Puis nous rentrons et montons deux fois au village faire des courses, les magasins et la banque étant fermés la première fois. Ils l'étaient aussi la seconde. Le soir, nous rangeons et préparons le bateau pour un départ aux aurores. L'équipage étant allé se coucher, je vais déguster une bière dans une cave ou un quatuor distille du jazz. Ils me charmerons ainsi jusqu'à trois heures du matin, puis l'heure du départ approchant, je vais me coucher.

Mardi 19/08 7h La météo annonce un bon F5, mais il nous faut attendre huit heures que la banque ouvre avant d'appareiller.

Episode 26-I

VENTOTENE / PONZA

Le temps est menaçant et nous craignons de devoir nous dérouter sur San Felice Circeo. Nous voguons maintenant vent dans le dos sur une mer peu agitée. 10h Le vent tombe un peu F4, notre Génois lourd et notre Grand voile arrisée le reçoivent par le travers. 13h Le vent faibli encore un peu. Nous approchons de Ponza. La cote est magnifique, colorée de blanc, de noir, de vert et d'orange, recouverte de verdure, soulignée du turquoise de l'eau. L'île a une forme de croissant dont j'ai pris la largeur pour la longueur et, du fait de la brume, les sommets culminants de l'île pour celle qui la suit. 15h 30 N'ayant pas de carte de détail, nous la longeons maintenant pour atteindre le port. Celui-ci est plein et nous devrons aller mouiller dans l'avant port naturel. En fait, nous avons devant nous une anse en demi cercle, dont le rivage de la moiti‚ gauche est aménagé en quais et supporte le village. Il est fermé par une jetée. Au coté opposé au port, la nature à disposé une belle plage de sable fin et a protégé l'anse par une avancée rocheuse, dont la limite est matérialisée par un rocher isolé d'une quinzaine de mètres, dont la forme, sous quelque angle qu'on l'observe, rappelle étrangement un moine la tête couverte et les mains jointes sous sa bure. Nous faisons les courses et j'achète quelques ressorts pour l'hélice du Sea-Gull. Ensuite, nous allons chercher à découvrir les grottes que nous avons aperçues peu avant l'entrée du port. Il y en a trois, deux petites et une plus grande au milieu. Cette dernière est ornée de niches creusées dans les murs et devaient posséder à l'époque d'Auguste de jolies statuettes. Son bassin est cerclé de trois marches comme celles d'une piscine et des caniveaux équipés d'un trottoir, tout comme des égouts, y arrivent, d'on ne sait où et vont on ne sait où. Plus loin nous allons jouer avec le va-et-vient de vagues monstrueuses qui tentent en vain de passer dans une anfractuosité rocheuse trop étroite pour elles. Hors de leur portée, nous attendons celle qui nous permettra de traverser et retraverser cette passe dangereuse sans nous faire découper par les arêtes rocheuses. De retour je réalise un repas de charcuterie dont la présentation n'a rien à envier aux meilleurs restaurants. Le bateau d'à coté venant flirter avec notre Bricolus, je vais en zodiac, changer l'ancre de place. Puis nous allons nous coucher sous la bienveillante surveillance de notre moine.

Episode 26-II

Mercredi 20/08 8h 30 Puisque nous sommes réveillés, l'ancre s'est mise à déraper de bonne heure, nous partons faire des courses. Une commerçante nous autorise à remplir nos jerrycans d'eau chez elle. L'après-midi nous retournons voir les grottes de Pilate. Nous visitons partiellement ces couloirs, qui, nous l'apprendrons plus tard chez la libraire, étaient probablement utilisés pour évacuer grâce aux courants naturels, les déchets des poissons préparés pour les repas d'Auguste. Une autre version prétend qu'il s'agissait d'un élevage de murènes de la résidence d'été de l'empereur Auguste, où il jetait quelques coupables. Puis nous retournons vers les rochers où nous avions fait du raft sur les vagues, mais la mer s'étant calmée, nous retournons visiter les couloirs et allées des grottes. De retour au bateau, nous nous préparons au départ.

Episode 27

PONZA / GIANUTRI

21h Avec un petit pincement au coeur, tant cette île nous à séduit, nous nous jetons dans une mer calme poussés par un vent de force 4. Prudent pour la nuit, nous prenons un cap à 50° grand voile arrisée. 22h Notre cap nous entraîne au Nord, nous sommes maintenant au prés.

Jeudi 21/08 Toute la nuit s'est déroulée selon l'humeur du vent faiblissant qui s'est amusé à nous balader sur sa rose et la journée nous voit tirer des bords autour du 310. Heureusement le soir viendra secouer cette langueur et nous contraindra même à réduire considérablement la toile.

Vendredi 22/08 Cet avantage ne dure guère et dans la nuit je rétablis la voilure. 10h Le vent continue de nous abandonner et après un essai sous spi, nous ferons un essai sous sea-gull. Notre estime nous situe aux environs de Civita-vecchia... 12h Nous filons allègrement Cap 310 sous voiles et moteur et j'effectue un relèvement sur la cheminée industrielle de la raffinerie. 14h Le vent forcit progressivement si bien qu'à 18h il nous faudra établir le Génois lourd. Nous avons dérivé de 15° et sur la carte nous arrivons sur la plage 7 milles avant ce que notre estime prévoyait. Nous virons et courrons après le 225. 20h Le moteur prend la relève et à 23h nous mouillons à GIANUTRI.

Episode 28

GIANUTRI / GIGLIO

Samedi 23/08 6h Un fort vent me réveille. Le vent et la houle rentrent fort dans la crique et c'est sur le pont que j'attends le réveil de l'équipage. 8h Nous prenons le cap 310 par un vent de travers F4 sous Génois lourd. 10h Nous entrons dans le port bond‚ de GIGLIO. Nous ne pouvons nous mettre qu'à couple d'un bateau Italien, lui-même à couple d'un autre bateau déjà à couple ! Il nous faut passer sur pas moins de trois bateaux pour accéder au quai. Souhaitant repartir presque aussitôt, je vais acheter du gas-oil et faire des courses. Ayant l'intention de nous rendre sur l'île de Monte-Cristo, nous en faisons part à notre voisin qui nous informe de l'interdiction formelle d'y atterrir. C'est une réserve naturelle ornithologique. Nous décidons donc de relâcher ici. Je suis invité à monter à bord du bateau voisin, le "PIPIEN", où un monsieur âgé apprend au capitaine à épisser deux cordages en leur gardant leur épaisseur initiale. Mais voila qu'un policier vient nous demander de nous déplacer car le ferry qui est entré dans le port, s'est plaint que les bateaux en double file le gênaient pour sa manoeuvre. Sur les conseils de notre voisin, nous décidons de nous rendre ensemble sur l'île d'Elbe.

Episode 29-I

GIGLIO/ELBE

16h 30 Un vent frais nous accueille et nous propulse à 6 noeuds sur le 315 par mer peu agitée. Nous précédons Pipien, mais le vent faiblissant le rapproche. 19h Nous établissons le génois léger pour essayer de maintenir notre vitesse, mais nous perdons quand même 1 noeud, d'autant que la mer est restée houleuse. 21h 30 Le vent est complètement tombé, les voiles battent lamentablement, nous essayons d'établir le sea-gull. C'est alors que Pipien nous rattrape et nous passe une remorque. Ho ! Surprise, nous filons 5 nœuds à sec de toile ... 23h 30 Nous mouillons à Porto Azzuro qui, selon notre sympathique remorqueur, est le plus beau port de l'île. Lorsque l'amarre est larguée, j'invite l'équipage du Pipien à venir boire un pot de remerciement. Vu l'heure tardive, il décline l'invitation que nous remettons au lendemain.

Episode 29-II

Dimanche 24/08 10h Nous nous réveillons après une bonne nuit, mais Pipien a disparu. Nous nous mettons à sa recherche et parcourons les quais en vain. L'équipage de Pipien fait partie de ces gens dont la générosité n'a d'égal que la discrétion. Merci Pipien, tu es grand ! Journée nettoyage : le réservoir du sea-gull d'abord, le pont ensuite. Puis, pendant que l'équipage effectue la corvée d'eau, je prépare un plat de macaronis. Nous partirons cette nuit à quatre heures dans l'espoir de toucher Macinaggio avant vingt et une heure. Nous sommes dans une période de contre-ordres. Le temps menaçant nous promet un coup de vent, qui nous retiens à Porto-azzuro. Je profite de notre halte forcée pour faire recharger la batterie. Demain nous partirons en mettant le cap directement sur Alassio. Le soir nous nous offrons un peu de détente et allons déguster une glace. Jean-Pierre s'est drapé d'un sac à viande qui lui donne l'allure du héros de B.D., Alix. Mais, paradoxalement, il n'attire guère les regards. Puis, tristement, nous admirons l'horreur d'un incendie qui descend sur la ville et que la route arrête.

Episode 30

ELBE/MACINAGGIO

Lundi 25/08 7h Réveil ! Tout est calme. Préparation pour le départ. Je vais chercher la batterie chez le ship, mais c'est maintenant le sea-gull qui refuse de démarrer. Re démontage et grand merci aux raffineries italiennes dont l'excellent travail peut se constater au niveau d'encrassage de la tuyauterie du moteur... 9h30 Nous atteignons le cap au moteur, et par mer calme, nous embouquons le 276° par mer calme et vent de force 4 par le travers. 13h30 Le vent faiblit et une demi-heure après nous devons solliciter le moteur. 15h00 Il me faut plonger. En quittant l'île d'Elbe nous avons traversé un courant chargé de pollutions dont une a bloqué le loch. Je plonge pour dégager cet élément essentiel au calcul de notre estime. Le vent se lève. 15h15 Nous reprenons notre route sur le 312° sous spi par vent F3. Mais à 16h00 nous devons mettre le moteur en route jusqu'à 18h00. 20h00 Le vent recommence à souffler et forcit d'heure en heure. La mer se lève, nous réduisons progressivement la toile et commençons à tirer des bords pour progresser.

Mardi 26/08 2h00 Nous virons sur Macinaggio, la mer nous interdisant toute avance vers Alassio. La partie n'est pas encore gagnée. 4h00 Dans le port, nous nous glissons entre deux gros voiliers, puis sous nos couettes... 7h00 Je n'entends pas le réveil pour la météo. 8h00 Réveil et courses, sans oublier de mettre les batteries en charge. Le départ est fixé pour ce soir 20h00. 12h00 Nous profitons d'être en France pour faire un repas pantagruélique. Nous prenons une douche au port. Ha !!! Suivie d'une sieste. Le vent à l'air d'avoir viré au S.E., ce qui est bon pour nous et devrait nous permettre d'atteindre Alassio vers minuit. En attendant, je démonte et nettoie complètement le moteur. On ne sait jamais.

Episode 31-I

MACINAGGIO/ALASSIO

20h15 Malgré une préparation de bonne heure du repas, nous ne partirons qu'après huit heure et après la météo. 22h00 Nous passons la Giraglia par une mer d'huile sous sea-gull à une vitesse de 3 nœuds.

Mercredi 27/08 00h00 Quelques risées font frémir les voiles de temps à autre. J'hésite à larguer le ris qui les réduits encore. Quand enfin je me décide, je tangonne le Génois et, le temps de la manœuvre, le vent tombe complètement. Nous nous dirigeons vers de gros nuages noirs derrière lesquels se cachent des éclairs. Je commence à regretter de ne pas être parti ce matin où soufflait un bon vent de sud. Mais je voulais charger les batteries qui, d'ailleurs, nous ont lâché à 23h... Décidément, la Corse n'est pas bonne pour la santé de nos batteries. 8h00 L'équipage hisse les voiles. Un bon F3 nous prend par le travers et nous pousse à 4 nds. 10h00 Notre estime nous place à mi-chemin et le sea-gull vient de boucler sa douzième heure de travail sans rechigner. Je m'inquiète, craignant ne pas avoir assez d'essence pour atteindre l'autre berge. Mais le vent vient m'ôter mes craintes. Il commence à F3, à 15h00 il est à F6. La mer est formée, nous filons sous génois lourd et grand-voile arrisée, vent de travers. Quelques vagues sont même assez hautes... Jean-Pierre à la barre, Bricolus dépasse à trois reprises les 10 nds et plus souvent les 9 nds. Un peu avant le port, nous affalons la grand voile et filons quand même 6 nds en zone abritée. 16h00 Nous sommes confortablement amarrés dans le port d'Alassio. Nous avons couvert 70 milles en vingt heures, soit 3,5 nds de moyenne. Un courant a du nous porter, car la carte annonce 80 milles ! Après manger, nous faisons la toilette du bateau avant d'aller déguster un gélato. Puis nous nous rendons chez Mirko. Là, nous réglons nos comptes...

Episode 31-II

L'an passé, j'ai attendu Mirko pour une croisière, et ne l'ai jamais vu arriver. Lui, me dit être venu, mais ne m'avoir point trouvé... Après maintes explications et descriptions de la gare où il est descendu et le port où il nous a cherché, nous comprenons la confusion. Mirko est descendu à Antibes-Juan-les-Pins et non pas à Juan-les-Pins. Nous sommes à nouveau amis... si tant est que nous fussions fâchés. Il nous offre deux jours merveilleux de joies et de rires. Avec sa copine Francesca, Mirko nous accompagne pour un pique-nique sur l'île d'en face, La Galinara. Nous passons une bonne journée à plonger, nous baigner et à naviguer. Lorsque nous rentrons au port, nous le faisons en tirant des bords et prenons notre place à quai sous voiles. Certains voisins ou badauds s'inquiètent de savoir quelle avarie nous contraint ainsi. Au terme de ce voyage, nous entrons et ancrons dans les ports à la voile uniquement pour le plaisir.

ALASSIO/JUAN-LES-PINS

Vendredi 29/08 Puis c'est le retour en France. Le vent est tombé, mais nous filons quand même 4 noeuds. Nous passons la frontière de nuit, le froid est si intense que nous ancrons au Cap-Ferrat afin de pouvoir nous glisser dans nos duvets et dormir au chaud.

Samedi 30/08 Fin de matinée, nous levons l'ancre et à midi nous nous amarrons dans notre port de départ ! Après avoir mangé et lavé le pont, c'est la séparation. Fin de l'Odyssée des marins de l'A.V.E.C. J-R..

F I N